(BFI) – L’ambassadeur de l’UE au Cameroun, Jean-Marc Châtaigner, a déclaré que le financement des investissements européens en Afrique centrale dépendait du maintien par les États membres de la CEMAC de programmes budgétaires actifs avec le FMI. Il s’exprimait lors de la 4e édition de la Finance Week tenue le 30 avril 2026 à Yaoundé, un événement annuel majeur lancé en 2023 par le journal EcoMatin pour booster l’économie et l’industrie financière en zone CEMAC.
Dans sa présentation, Jean-Marc Châtaigner a identifié plusieurs mécanismes de financement européens, notamment la Banque européenne d’investissement (BEI), l’Agence française de développement (AFD), la KfW (Allemagne) et le cadre « Équipe Europe », dont la capacité de déploiement est actuellement limitée par le blocage des accords du FMI dans la zone CEMAC. Il a également noté que le programme du FMI du Tchad avait été affecté par l’absence d’accords dans les États membres voisins. « Sans une trajectoire budgétaire crédible, les instruments européens – prêts de la BEI, garanties FEDS+, financement de notre programme “Équipe Europe” – ne peuvent être déployés au niveau requis. Relancer ces programmes du FMI est donc un facteur déterminant pour libérer le potentiel d’investissement privé », a-t-il affirmé.
Intégration commerciale régionale
M. Châtaigner a cité des chiffres indiquant que les échanges intra-CEMAC représentent environ 4 % du commerce extérieur total des États membres. Il a établi un lien avec l’absence d’un accord de partenariat économique (APE) régional avec l’UE, soulignant que le Cameroun est actuellement le seul membre de la CEMAC à disposer d’un tel accord. « Je regrette qu’il n’existe qu’un accord de partenariat économique avec le Cameroun et non avec l’ensemble de la CEMAC, car un partenariat économique à l’échelle régionale serait bien plus judicieux, afin de renforcer notre poids dans les négociations avec nos partenaires européens », a-t-il déclaré.
Le Tchad, la République centrafricaine, le Gabon, la Guinée équatoriale et la République du Congo restent en dehors du cadre de l’APE. Concernant le secteur énergétique camerounais, M. Châtaigner a évoqué les difficultés consécutives à la nationalisation d’ENEO et au départ de son opérateur étranger privé. Il a précisé que les décisions relatives à la gouvernance auraient des répercussions sur le projet hydroélectrique de Nachtigal, cofinancé par Team Europe, ainsi que sur le projet de Kikot. « Le secteur énergétique camerounais traverse une grave crise. Des décisions s’imposent, notamment concernant ENEO, qui vient d’être nationalisée suite au départ d’un partenaire privé extérieur. Des décisions cruciales doivent être prises si nous ne voulons pas compromettre les immenses ressources énergétiques du Cameroun », a-t-il déclaré.
M. Châtaigner a présenté les priorités stratégiques de l’UE pour la région CEMAC dans le cadre de l’initiative Global Gateway, incluant deux corridors de transport, Douala-N’Djamena et N’Djamena-Kampala, ainsi que les infrastructures numériques, les minéraux critiques et les chaînes de valeur agro-industrielles. Il a également évoqué la Semaine des affaires Cameroun-Union européenne, qui se tiendra les 16 et 17 juin à Yaoundé, en parallèle du salon Promote, organisé avec Eurocham et des partenaires commerciaux camerounais. Cet événement devrait aborder les énergies renouvelables, les transports et la logistique, le numérique et l’agro-industrie, et proposera des tables rondes, des rencontres B2B et un espace d’exposition.
Placide Onguéné




