(BFI) – Le Cameroun s’achemine vers une révision de son budget pour 2026, ce qui marquerait un 9e exercice consécutif sous ajustement en cours d’année. L’hypothèse es désormais assumé au sommet de l’appareil financier sur fond de décalage croissant entre les prévisions initiales et un environnement international bouleversé par la crise entre Washington, Tel Aviv et Téhéran.
En marge des Assemblées du printemps de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international (FMI), le ministre camerounais des finances, Louis Paul Motaze, a explicitement évoqué la possibilité d’un collectif budgétaire. Dans un long passage de son intervention, il indique que « la réponse était de dire allez-y doucement avec certaines décisions telles que les subventions parce que ça peut créer beaucoup de distorsions. Au niveau de l’équipe du Cameroun notamment avec mes collaborateurs du ministère des Finances, on a commencé à réfléchir parce que pour des soucis de transparence, il sera peut-être nécessaire qu’on propose au chef de l’Etat de réviser le budget. Ce qu’on appelle une loi de Finances rectificative pour tenir compte de ce qui se passe nous avions un prix de référence du pétrole qui n’est plus tout à fait la même chose. Nous espérions aller vers une inflation qui allait déjà vers les 3%. Ça risque de déraper un peu sur ce plan-là, c’est pourquoi nous sommes en train de réfléchir sur ce qu’il y aurait lieu de faire pour avoir un budget toujours équilibré et qui tienne compte de la conjoncture ».
Cette déclaration entérine ainsi un décalage entre les hypothèses de la loi de Finances adoptées par le parlement et la réalité des marchés énergétiques. Le budget 2026 avait en effet été construit sur un prix du baril autour de 65,88 dollars, bien en deçà des niveaux observés depuis le déclenchement des tensions au Moyen Orient. Le Brent a rapidement quitté la zone de 70 dollars pour franchir les 90 dollars début mars 2026, porté par les risques pesant sur le détroit d’Ormuz, point de passage d’environ un cinquième du pétrole mondial. A la mi-avril, les cours demeurent proches des niveaux, confortant l’hypothèse d’un choc durable.
Un choc pétrolier qui rebat les équilibres budgétaires
Dans ce contexte, la hausse des prix du brut produit des effets ambivalents sur les finances publiques. D’un côté elle ouvre la voie à des recettes supplémentaires significatives. Selon une analyse du ministère des Finances, « si les prix du pétrole s’établissent à 100 dollars en moyenne sur l’ensemble de l’année 2026, le surplus des recettes pétrolières serait de l’ordre de 180 milliards de Fcfa avec les hypothèses retenues par la loi des finances. Ce supplément proviendrait principalement de la redevance versée par la SNH et de l’impôt sur les sociétés pétrolières ».
Toutefois, cette effet d’aubaine reste partiellement neutralisé par la structure même de l’économie camerounaise. Comme le souligne le ministère des Finances dans le même document, « l’augmentation des recettes d’exportation des hydrocarbures s’accompagne d’une progression de la facture des importations des carburants et des lubrifiants ». Autrement dit, si le Cameroun est producteur de pétrole brut, il demeure dépendant des importations de produits raffinés. La hausse des prix internationaux se traduit donc mécaniquement par une augmentation des dépenses liées à l’approvisionnement du marché domestique, ce qui limite l’impact net positif sur le budget.
Au-delà de ces effets directs, le choc énergétique menace également les équilibres macroéconomiques anticipés en 2026. Le projet de loi de finances tablait sur une amélioration graduelle, avec une croissance attendue à 4,3% contre 3,9% en 2025, portée notamment par les secteurs non pétroliers. Mais un document conjoint présenté par la Banque africaine de développement à Washington, en marge des assemblées du Printemps du FMI et de la banque mondiale, estime que la croissance du continent pourrait être amputé de 0,2 point en 2026, en particulier dans la fortement dépendants des importations de carburants, à l’instar du Cameroun.
La pression inflationniste constitue un autre point de vigilance majeur. Alors que l’inflation était projetée autour de 3%, le ministre de Finances adopte désormais une lecture plus préoccupée de la situation. Dans son analyse, il souligne que la hausse des prix de l’énergie et des transport maritime se diffuse rapidement à l’ensemble de la chaîne de valeur. Le principal risque réside dans le renchérissement des prix à l’importation, susceptible de se répercuter sur les prix domestiques. A ces tensions s’ajoutent les perturbations potentielles dans les chaînes d’approvisionnement agricoles. Le ministère évoque notamment des risques sur la disponibilité des engrais, dans un contexte de tensions accrues sur les routes commerciales internationales. « Il serait souhaitable de prendre des mesures en vue d’assurer la disponibilité d’engrais, essentielle pour notre secteur agricole », indique le ministère des Finances dans une note consacrée aux impacts du conflit iranien sur l’économie camerounaise.
En toile de fonds, les tensions autour du détroit d’Ormuz, – par lequel transitent pétrole gaz naturel liquéfié et intrants agricoles – ont déjà entraîné un renchérissement des coûts du transport maritime et accru les incertitudes sur les marchés de l’énergie. Une situation qui affecte directement le Cameroun, dont l’agriculture reste dépendante des importations des intrants stratégiques.




