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Ecobank signe sa meilleure performance depuis dix ans

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Avec un bénéfice avant impôt de 801 millions $ pour l’exercice clos au 31 décembre 2025, soit une hausse de 21 % sur un an, et des revenus nets à 2,45 milliards $ (+17 %), Ecobank Transnational Incorporated (ETI) signe sans doute sa meilleure performance financière depuis que Jeremy Awori a pris les rênes du groupe en 2022. Comme l’indique le banquier kényan, il s’agit d’« une confirmation que la stratégie Croissance, Transformation et Rendement (GTR) », longtemps décriée pour ses promesses différées, produit désormais « des résultats mesurables ».

Le ratio d’exploitation s’établit à 48,3 %, contre 52,8 % un an plus tôt et plus de 70 % dans les années difficiles d’avant 2018. Autrement dit, le groupe, avec ses plus de 33 filiales réparties dans des zones aux fondamentaux macroéconomiques très hétérogènes, dépense désormais moins de 49 centimes pour générer un dollar de revenu. Ce franchissement symbolique de la barre des 50 % traduit une rupture dans la dynamique du groupe : pour la première fois, la croissance des revenus dépasse structurellement celle des charges à l’échelle consolidée.

La Banque des grandes entreprises et d’investissement (CIB) s’est illustrée avec un bénéfice avant impôt de 697 millions $, en hausse de 40 %, portée par le financement du commerce, la gestion de trésorerie et les marchés de capitaux. La Banque commerciale et des particuliers (CCB) a suivi avec 480 millions $, en hausse de 27 %, grâce à une mobilisation des dépôts et une croissance du crédit de 33 %.

Les dépôts de la clientèle ont progressé de 4,9 milliards $ pour s’établir à 25,3 milliards $, et les encours de crédit atteignent 12,8 milliards $. Le rendement des capitaux propres tangibles (ROTE), à 27,8 %, confirme que la machine à créer de la valeur tourne à nouveau.

Le retour définitif du dividende, après une longue traversée du désert ?

La recommandation du conseil d’administration de verser 40 millions $ de dividendes aux actionnaires, soit 0,0016 $ par action, mérite d’être replacée dans son contexte historique. Sur les neuf années précédant 2022, ETI n’avait versé des dividendes que deux fois, la dernière remontant à 2016. De 2017 à 2021, les actionnaires avaient essuyé cinq exercices blancs consécutifs, pendant lesquels le groupe privilégiait la réparation de son bilan, la transition vers Bâle 3 et la gestion de la crise pandémique.

En 2022, la rupture était venue : le conseil d’administration avait recommandé un premier versement de 40 millions $ au titre de l’exercice 2021, présenté comme une première en cinq ans. La distribution avait été maintenue pour l’exercice 2022, à hauteur de 0,0011 $ par action, payé en juin 2023. Puis la machine s’était de nouveau enrayée. Pour 2023 d’abord, puis pour 2024, le groupe avait renoncé à toute rémunération des actionnaires. Lors de la 37e assemblée générale ordinaire tenue à Lomé le 28 mai 2025, le président du conseil d’administration, Papa Madiaw Ndiaye, avait qualifié la décision de « difficile » et « décevante », invoquant le choix contraint entre le respect des clauses restrictives de la dette et le versement d’un dividende. La totalité du bénéfice avait été transférée aux réserves, tandis que les actionnaires approuvaient dans le même temps une augmentation de capital de 250 millions $.

Le dividende 2025 marque donc un troisième cycle de reprise en dix ans, avec exactement le même montant et le même niveau par action que celui de 2021. Sa portée est avant tout symbolique : à 40 millions $, le taux de distribution reste inférieur à 7 % d’un bénéfice avant impôt de 801 millions $. Mais le signal envoyé aux marchés, dans un contexte où ETI se traitait à une décote marquée de 0,43 fois sa valeur comptable fin 2024, a une valeur que les chiffres bruts n’épuisent pas. La question est de savoir s’il suffira à calmer le mécontentement des investisseurs de la BRVM, où ETI figurait parmi les rares valeurs à ne pas avoir retourné l’ascenseur à ses porteurs. Ces derniers, ayant déjà anticipé le redressement du groupe, ont porté le titre à 34 FCFA au 14 avril 2026, soit +128,57 % sur un an et +39,13 % depuis le 1er janvier — le titre reste néanmoins en recul de 5,88 % sur la semaine, signe que la publication des résultats était largement intégrée dans les cours.

Nigeria : le boulet et le levier

La performance de 2025 ne peut se lire sans ce point de friction devenu structurel. En 2024, Ecobank Nigeria n’avait dégagé que 3 millions $ de profit net, une chute de 87 % dans un environnement marqué par la volatilité du naira, un taux de réserve obligatoire à 50 % imposé par la Banque centrale du Nigeria et le poids des expositions héritées dans le secteur pétrolier aval. La filiale nigériane représentait pourtant environ 18 % du portefeuille total de prêts du groupe. Son ratio coûts/revenus avait dépassé 79 %, et elle n’avait versé aucun dividende à la maison mère depuis cinq ans. Une anomalie criante, quand la seule zone UEMOA dégageait 345 millions $ de bénéfice avant impôt pour le même exercice.

C’est précisément ce contexte nigérian qui explique la décision d’ETI de relever son taux de provisions pour pertes de crédit attendues (ECL) de 5,7 % à 7,8 % des prêts bruts pour l’exercice 2025. Le communiqué du groupe évoque « l’augmentation des prêts non performants au Nigeria, liée à des expositions héritées et à la sortie des mesures de tolérance réglementaire ». Ce mouvement prudentiel absorbe une partie de la performance opérationnelle, mais il traduit surtout une volonté d’assainissement du bilan avant toute nouvelle phase d’expansion, qu’assume le conseil d’administration.

Les signaux de retournement sont néanmoins tangibles. Sur le premier semestre 2025, le bénéfice de la filiale nigériane avait progressé de 45 % en glissement annuel, selon les données intermédiaires disponibles, bénéficiant d’une amélioration de la liquidité en devises et d’une montée en charge des activités digitales. Le ratio d’adéquation des fonds propres du groupe, à 16,7 %, demeure 420 points de base au-dessus des exigences réglementaires minimales, ce qui lui confère une marge de manœuvre réelle.

Un modèle panafricain qui prouve sa résilience

La région Afrique centrale, orientale et australe (CESA) s’est imposée comme la zone à la croissance la plus rapide de l’exercice, tandis que les régions Afrique de l’Ouest anglophone et francophone ont bénéficié de l’amélioration des coûts de financement et d’une activité de flux commerciaux soutenue. Des filiales en redressement, notamment au Kenya, en Ouganda et en Zambie, affichent des ratios d’efficacité nettement améliorés. La diversification géographique, longtemps présentée comme une promesse, joue désormais le rôle d’amortisseur.

Le groupe a également investi dans l’expérience client, avec une hausse de 1 000 points de base du taux de satisfaction, désormais établi à 70 %. Une donnée qualitative que le directeur général Jeremy Awori a placée au même niveau que les indicateurs financiers dans sa communication aux marchés.

Reste une question structurelle que 2025 ne referme pas entièrement : avec un report à nouveau historiquement négatif de 1,56 milliard $ hérité des années de pertes passées et des effets de change défavorables, la reconstruction du bilan d’ETI est un chantier de long terme. Le dividende recommandé pour 2025 n’en est pas moins un jalon : celui d’un groupe qui, après une décennie de turbulences, retrouve les moyens de rémunérer ceux qui ont tenu.

Rédaction
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