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La Société Générale se retire d’Afrique – Étude de cas d’un basculement bancaire plus large

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Si ce mouvement constitue d’abord un tournant stratégique pour le groupe lui-même, il doit aussi être lu comme une étude de cas d’un phénomène plus large : depuis plusieurs années, d’autres banques européennes réduisent elles aussi leur présence en Afrique, à l’image de BNP Paribas, qui avait commencé à se retirer d’une partie de l’Afrique subsaharienne dès 2019.

À travers le cas Société Générale, on observe donc une recomposition plus profonde du paysage bancaire africain, marquée par le recul progressif de certains groupes européens et la montée en puissance d’acteurs panafricains.

Pourquoi le retrait de Société Générale ?

Le retrait de Société Générale s’explique d’abord par un arbitrage de rentabilité et de capital. Les filiales africaines étaient utiles pour la présence internationale du groupe, mais elles restaient marginales à l’échelle d’un groupe présent dans plus de 60 pays et servant plus de 25 millions de clients.

Surtout, leur contribution au produit net bancaire du groupe restait limitée (autour de 8 % en 2023, avant les cessions). Sans le Maroc, principale filiale du continent, cédée à Saham Group pour 745 millions d’euros en 2024, l’Afrique subsaharienne était devenue structurellement marginale dans les comptes du groupe. Mais cet arbitrage est aussi en partie contraint par les règles prudentielles internationales. En effet, les règles prudentielles de Bâle III/IV rendent les activités africaines plus coûteuses en capital.

Concrètement, les prêts et titres détenus en Afrique sont considérés comme plus risqués que leurs équivalents européens et se voient appliquer des coefficients de risque plus élevés. Autrement dit, à montant de bilan équivalent, les expositions souveraines et les crédits aux entreprises africaines sont pondérés beaucoup plus lourdement, de sorte que chaque euro gagné en Afrique « coûte » bien plus de capital à la banque que le même euro généré sur un portefeuille européen.

Une filiale africaine générant 200 millions d’euros de revenus peut ainsi consommer autant de capital réglementaire qu’une activité européenne trois à quatre fois plus rentable, ce qui est gênant au regard des objectifs de rentabilité du groupe.

À cela s’ajoutent des coûts fixes incompressibles – systèmes IT, conformité AML/KYC (pour Anti-Money Laundering et Know Your Customer), gouvernance locale, reporting réglementaire – quasi-identiques entre une petite filiale africaine et une unité européenne bien plus grande. Le coefficient d’exploitation* de ces filiales dépassait alors structurellement 65-70 %, là où la cible groupe est désormais inférieure à 60 %.

Enfin, les instabilités politiques au Sahel (coups d’État au Mali, Burkina Faso, Niger), la montée du sentiment anti-français et les risques de sanctions internationales exposaient le groupe à un risque réputationnel et de conformité potentiellement bien supérieur à ce que ces marchés généraient en revenus.

Un retrait qui paye pour Krupa

Sous Slawomir Krupa (CEO), la priorité a été de simplifier le groupe, remonter la rentabilité et renforcer le capital.

Les chiffres 2025 donnent du poids à cette stratégie : Société Générale a publié un produit net bancaire de 27,2 milliards d’euros, un résultat net record de 6,0 milliards d’euros, un ROTE (retour sur fonds propres) de 10,2 % et un ratio CET1 (principal indicateur de solidité d’une banque, mesurant le niveau de capital par rapport aux risques pris) de 13,5 %, tous deux au‑dessus des objectifs annoncés.

Ces cessions ont permis à Société Générale de renforcer ses fonds propres et d’alléger son portefeuille d’activités jugées trop gourmandes en capital par rapport à leur rentabilité, sans avoir à diluer les actionnaires.

Pays concernés par le retrait et Repreneurs

La sortie de Société Générale s’est opérée par vagues successives entre 2023 et 2025, avec trois profils de repreneurs bien distincts. Vista Bank et Coris Bank International, deux groupes ouest-africains en phase de consolidation régionale, récupèrent des réseaux établis et des parts de marché déjà construits. Saham Group reprend la filiale marocaine pour 745 millions d’euros, sur un marché qu’il a les moyens d’absorber.

Enfin, le Congo, le Bénin et le Cameroun ont repris directement les filiales locales, souvent faute d’acquéreur privé crédible, ce qui pose des questions sur la gouvernance et la solidité future de ces entités.

Une opportunité pour l’Afrique

Ce retrait libère de l’espace pour des groupes africains qui veulent devenir de vrais consolidateurs régionaux. Vista, Coris, AFG récupèrent en effet des actifs, des réseaux, des dépôts, des portefeuilles clients et des positions de marché déjà bien établies.

Mais l’opportunité n’est pas automatique. Ces groupes restent de taille modeste à l’échelle internationale, avec un accès aux marchés de capitaux plus contraint que leurs prédécesseurs européens. C’est précisément cet accès qui permet de financer les grandes entreprises, les projets d’infrastructure et le commerce régional.

Cette transition peut renforcer une forme de souveraineté financière, à condition que les nouveaux acquéreurs maintiennent des standards solides en gouvernance, gestion du risque, et qu’ils préservent l’accès au financement international dont dépend une partie de leur clientèle corporate.

Une bancarisation africaine qui progresse avec ses propres codes

Le retrait des banques européennes intervient dans un secteur en transformation profonde. En Afrique subsaharienne, la part des adultes disposant d’un compte est passée de 49 % en 2021 à 58 % en 2024, portée en grande partie par l’essor du mobile money. Ce décalage est important : le modèle de banque universelle à réseau physique dense, sur lequel les groupes européens avaient bâti leur présence, est précisément celui que le marché est en train de contourner.

Les groupes africains qui reprennent ces actifs devront donc gérer une transition : valoriser un héritage de réseau tout en basculant vers des modèles plus légers, plus digitaux, mieux adaptés à une clientèle jeune et mobile.

Rédaction
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