(BFI) – L’Agence française de développement (AFD) va changer de directeur général, avec la nomination prévue de Christophe Lecourtier après une décennie sous la tutelle de Rémy Rioux qui a fortement développé et transformé le bras financier de la diplomatie française.
Proposé mardi 10 mars 2026 par l’Élysée, Christophe Lecourtier, 63 ans, actuel ambassadeur de France au Maroc et ex-dirigeant de Business France, devrait prendre la tête de l’institution financière publique une fois sa candidature validée par la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) et par les parlementaires.
La nomination de cet énarque passé par les cabinets de Nicolas Sarkozy et Christine Lagarde à Bercy intervient au moment où l’AFD est sous pression budgétaire et politique. «Dix ans, c’est la bonne durée pour changer une institution, la mettre au goût du jour», a dit Rémy Rioux, 56 ans, vantant récemment son bilan dans son bureau surplombant la gare de Lyon à Paris. Lors de ces dix années, outre les récents bouleversements géopolitiques, des événements majeurs ont marqué l’activité de l’agence, comme l’Accord de Paris sur le climat en 2015, avec un effet positif sur la coopération internationale, ou encore l’Agenda 2030 des objectifs de développement durable de l’ONU, cite Rémy Rioux, historien de formation, passé par l’ENA.
L’AFD a depuis réinvesti des secteurs comme l’éducation, la santé, le climat et misé sur de nouveaux domaines d’intervention tels que le sport, la culture ou les questions régaliennes. Elle a aussi développé des relations avec des pays dans les Balkans, au Proche-Orient et en Afrique, une passion pour Rémy Rioux, qui mentionne le soutien de Paris au Maroc autour du territoire disputé de Sahara occidental.
Coupes budgétaires
En une décennie, l’AFD a fortement grandi. Avec plus de 5000 salariés, son volume d’investissement a atteint presque 14 milliards d’euros en 2025, contre plus de 8 milliards en 2015. Le résultat net annuel dépasse 250 millions d’euros en moyenne et les fonds propres ont doublé, autour de 10 milliards d’euros. «On a été capable de tisser plus de liens, d’avoir plus d’impact», se félicite Rémy Rioux. «C’est important à un moment où on se sent menacé, parfois agressé, incertain de notre place dans le monde.»
Avant son arrivée à l’AFD, le quinquagénaire fut notamment secrétaire général adjoint au Quai d’Orsay et dirigea le cabinet de Pierre Moscovici au ministère de l’Économie et des Finances. Son nom a circulé pour succéder à Pierre Moscovici à la tête de la Cour des comptes, un poste finalement attribué à Amélie de Montchalin, l’ex-ministre des Comptes publics. Dans une France exsangue financièrement, l’AFD est aujourd’hui confrontée aux coupes budgétaires. En 2024, elle avait bénéficié de 2 milliards d’euros de crédits alloués par l’État, le reste étant levé sur les marchés financiers.
L’agence, «une machine à faire des amis»
Mais le gouvernement a sabré en 2025 un tiers de l’enveloppe de l’aide publique au développement (APD), dont dépend l’AFD, soit presque deux milliards d’euros, et il l’a amputée de 700 millions d’euros pour 2026, sur 3,7 milliards au total. L’Afrique en a pâti. Pourtant, «un jeune sur trois sera Africain en 2050», souligne Rémy Rioux, y voyant «une opportunité extraordinaire». Quant aux critiques visant l’utilité de l’AFD, il rétorque que l’agence, «gérée comme une entreprise», «est une machine à faire des amis à la France». «Il y a l’idée que c’est scandaleux d’aider la Chine. Mais si vous expliquez que vous le faites (… notamment) pour accélérer la réduction des émissions de CO2, ce n’est peut-être pas idiot», relève le haut fonctionnaire.
Rémy Rioux conservera la présidence de Finance in Common, mouvement créé à son initiative en 2020 et qui rassemble les 550 banques publiques de développement du monde et pesant 2500 dollars d’investissements annuels, a indiqué l’AFD mardi soir. Installée sur plusieurs sites, l’institution doit regrouper ses entités début 2027 dans un siège près de la gare d’Austerlitz à Paris. Face aux critiques sur une gestion dispendieuse dont s’est fait l’écho Le Canard Enchaîné, Rémy Rioux affirme que «l’AFD ne fait rien qui ne soit décidé par ses autorités».
Placide Onguéné



