AccueilSecteursAgricultureLe Cameroun mobilise 33,2 milliards de Fcfa pour 4 projets verts

Le Cameroun mobilise 33,2 milliards de Fcfa pour 4 projets verts

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Le programme couvre la période 2025-2028 pour sa première phase. Les autorités camerounaises misent sur cette enveloppe initiale pour tester les mécanismes capables d’augmenter la productivité agricole, d’encadrer l’utilisation des terres et de renforcer la gouvernance environnementale, avec l’objectif d’attirer des financements supplémentaires conditionnés aux résultats. Le premier projet, piloté par la coopération allemande GIZ et doté d’une enveloppe d’environ 9,5 milliards de Fcfa, doit faciliter le dialogue entre administrations et assurer l’alignement stratégique des politiques publiques liées aux forêts, à l’agriculture et à l’aménagement du territoire.

Le second programme, finance à hauteur de 12 milliards de Fcfa par le Fonds international pour le développement agricole (FIDA), cible principalement les exploitations rurales. Il soutient l’intensification durable et la transition agro écologique afin de limiter l’expansion agricole extensive, identifié par les autorités comme responsable de plus de 60% de la déforestation nationale. L’objectif est d’augmenter les rendements sans accroitre les surfaces cultivées.

Le troisième projet porte sur la gestion intégrée du paysage du Grand Mbam. Financé par la Banque publique allemande KfW à hauteur d’environ 11 milliards de Fcfa et prévu jusqu’en 2029, il doit servir de terrain d’expérimentation pour concilier production agricole, conservation forestière et développement local. Les autorités espèrent démontrer que l’exploitation durable des ressources naturelles peut générer des revenus tout en stabilisant les écosystèmes.

Le quatrième programme, doté d’environ 4 milliards de Fcfa et mis en œuvre par la GIZ, vise à renforcer les capacités en matière d’aménagement du territoire. Il inclut l’appui aux plans locaux d’affectation des terres ainsi que le développement méthodologique du troisième inventaire forestier du Cameroun. Le ministre a indiqué qu’il s’agit notamment « de stopper et d’inverser la perte de forêts » en favorisant la régénération naturelle et la protection des zones humides et des tourbières.

Le ministre de l’économie table sur une amélioration des revenus locaux, la création d’emplois et la réduction de la pauvreté dans les zones forestières, dans le cadre de la stratégie nationale de développement à l’horizon 2030. Les résultats obtenus durant cette première phase conditionneront l’ampleur des financements futurs et la montée en puissance du partenariat international autour des forêts camerounaises.

Dans l’Est du pays, la pression exercée sur les terres et les forêts illustre concrètement les défis que les nouveaux projets environnementaux cherchent à contenir. Dans le département de la Kadey, l’exploitation artisanale de l’or progresse rapidement au détriment des surfaces agricoles et du couvert forestier, selon une double étude menée par l’organisation Forêts et Développement Rural avec l’appui de partenaires européens et humanitaires dans le cadre du programme transfrontalier SOLID. Les données compilées montrent qu’entre 2010 et 2024, la superficie consacrée à l’orpaillage est passée de 82,48 hectares à 4 639,69 hectares soit une hausse de 5 490%. L’arrondissement de Batouri consacre plus de 70% de cette progression avec 3 247 hectares exploités contre 79 hectares 14 ans plutôt. Ketté enregistre également une croissance rapide, sa surface minière ayant été multipliée par plus de 300 sur la même période.

Cette avancée se fait largement au détriment de l’agriculture. L’étude estime que 2 025,6 hectares de terres arables ont été converti en site d’orpaillage entre 2010 et 2024, représentant 44% de la surface minière totale. Le document de synthèse souligne que cette évolution entraine une baisse des capacités de production vivrière, une hausse des prix alimentaires et un renforcement de l’insécurité alimentaire locale. Le couvert végétal subi lui aussi une dégradation énorme. Les chercheurs évaluent à 2 614,4 hectares la superficie forestière détruite dans les arrondissements de Batouri, Ketté et kentsou, avec des impacts signalés sur la biodiversité, la stabilité des écosystèmes et la fertilité des sols. Les projets dressés par FODER accentuent ces inquiétudes. Sans mécanismes de régulations, la superficie exploitée pourrait atteindre environ 7 500 hectares à Batouri et 3 000 hectares à Ketté d’ici 2040, confirmant l’ampleur des pressions foncières et environnementales auxquelles les politiques de gestion durable des paysages devront répondre.

Omer Kamga

Rédaction
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