(BFI) – Le Nigéria engage une transformation majeure dans la gestion de sa rente pétrolière. Dans un communiqué publié le 18 février dernier, le Président Bola Ahmed Tinubu a annoncé la signature d’un décret exécutif visant à mettre fin aux mécanismes de prélèvement multiples qui réduisaient, selon lui, les ressources réellement versées au compte de la fédération. Présentée comme une mesure de justice économique, la mesure ambitionne de « restituer au peuple nigérian ce qui lui appartient », en réorganisant les circuits financiers du premier secteur économique du pays.
Depuis quelques années, la structure de collecte et de redistribution des revenus pétroliers faisait l’objet de critiques récurrentes, accusé d’entretenir opacité budgétaire, inefficience administrative et pertes de recettes pour l’Etat fédéral et les collectivités.
Le décret présidentiel N°9 de 2026 introduit un principe simple mais structurant. L’ensemble des revenus issus du pétrole et du gaz devra désormais être versé directement au Compte de la Fédération avant toute redistribution. Sont concernées les redevances pétrolières, les taxes, les profits tirés des hydrocarbures ainsi que les revenus issus des contrats de partage de production.
Deux mécanismes particulièrement controversés disparaissent. Les frais de gestion supplémentaire de 30% et la déduction équivalente destinée à l’exploration en zones transfrontalières ne pourront plus être appliqués avant le transfert des recettes publiques.
Pour le Président Tinubu, ces dispositions constituaient des obstacles structurels au financement du développement. « Lorsque les recettes publiques sont bloquées par une multitude de mécanisme de retenue, le développement en pâtit », affirme-t-il.
La réforme clarifie également la position de la NNPC Limited. La compagnie nationale pétrolière devra fonctionner exclusivement comme une entreprise commerciale, conformément la législation en vigueur. Cette séparation entre fonction commerciale et gestion des finances publiques vise à renforcer la transparence et la responsabilité fiscale dans un secteur longtemps critiqué par son manque de lisibilité financière. « L’ère des déductions en double et d’un contrôle fragmenté est révolue » insiste le chef de l’Etat.
Un levier budgétaire pour stabiliser l’économie
Au-delà de la gouvernance sectorielle, la mesure répond à un objectif macroéconomique clair. Le gouvernement cherche à sécuriser les recettes nécessaires au financement des priorités nationales, notamment sécurité, l’éducation, la santé et la stabilité économique, tout en accompagnant la transition énergétique.
Dans un contexte de pression sur les finances publiques et de volatilité des prix du pétrole, la centralisation des flux financier doit améliorer la prévisibilité budgétaire et renforcer la capacité d’investissement de l’Etat. « Chaque naira légitime dû à la fédération doit être protégé », souligne le Président Tinubu.
Le décret s’inscrit ainsi dans un réforme plus vaste annoncée par l’exécutif. Une révision complète de la législation pétrolière est prévue afin de corriger les « anomalies structurelles et fiscale » qui fragilisent les recettes nationales. Un comité de mise en œuvre a également été créé pour superviser l’application cordonnée du dispositif, signe de la volonté du pouvoir de traduire rapidement l’annonce publique en résultats opérationnels.
Dans un pays où les hydrocarbures demeurent la principale source de devises et de revenus publics, la réforme pourrait marquer un tournant dans la gestion de la richesse énergétique nationale. « Le Nigeria ne peut pas se permettre des fuites là où il devrait y avoir du leadership », conclut le Président.
En cherchant à transformer la gouvernance pétrolière, Abuja tente ainsi de passer d’un modèle de captation fragmentée des revenus à une logique de discipline budgétaire et de transparence, condition essentielle pour restaurer la confiance des citoyens comme des investisseurs.




