(BFI) m Selon le rapport d’évaluation à mi-parcours de la mise en œuvre de la Stratégie nationale de développement 2020-2030 (SND30), publié par le ministre de l’Économie, le gouvernement camerounais a déjà sélectionné cinq premières entreprises appelées à devenir des « champions nationaux ». L’objectif affiché s’inscrit dans le processus de transformation structurelle de l’économie. Cette sélection, indique le document, a été réalisée « en concertation avec le secteur privé » et vise des entreprises « ayant un fort potentiel de croissance ».
Parmi les sociétés retenues figure la Soyabeans Processing Industry of Cameroon (Soproicam SA), unité agro-industrielle spécialisée dans la production et la transformation du soja. La production est réalisée dans la partie septentrionale du pays, tandis que la transformation est assurée dans son usine de Yato, en périphérie de Douala, capitale économique.
Depuis plusieurs années, Soproicam peine à approvisionner suffisamment son usine, dont la capacité atteint 100 tonnes par jour. En cause : l’exportation vers le Nigeria d’une part importante de la production nationale de soja, qui réduit l’offre disponible sur le marché local. Pour atténuer cette contrainte, l’État a accordé à l’entreprise une concession foncière de 2 000 hectares en 2016.
L’objectif est de permettre à Soproicam de doubler sa production de soja, en passant de 50 000 tonnes (prévision 2025) à 100 000 tonnes d’ici 2030. Un jalon qui, s’il est atteint, doit renforcer l’intégration locale et la continuité d’activité de l’outil industriel.
Déficit de main d’œuvre qualifiée
À côté de Soproicam, le gouvernement a également sélectionné la Société de transformation de bus (Sotrabus), présentée comme la toute première unité de montage de bus au Cameroun et en Afrique centrale. Implantée à Douala, l’entreprise fournit des bus à une partie significative des sociétés de transport interurbain du pays, dans un contexte de demande croissante des transporteurs.
Mais la montée en charge se heurte à un frein de compétences locales. « Peu de personnes sont formées à ce jour à la construction automobile. Pour le moment, une bonne partie des employés est recrutée en Afrique de l’Ouest », se plaignait David Nchenouossi, directeur administratif de l’entreprise, dans une interview parue en 2021 dans le journal Défis Actuels. Un signal qui renvoie aux enjeux de formation et de transfert de savoir-faire associés à l’industrialisation.
Des mesures incitatives en perspective
La société ZNG Smart Cards Factory figure aussi dans cette première liste de « champions nationaux ». Fondée en 2016 par l’ingénieur camerounais Arthur Zang — inventeur du cardiopad, présenté comme la première tablette médicale africaine — l’entreprise est spécialisée dans la fabrication des cartes magnétiques et des terminaux électroniques.
Deux autres unités agro-industrielles complètent le portefeuille : la Société camerounaise de production de riz (SCPR) et la société Agro-industrielle camerounaise (Agrocam). Présentée comme un fleuron du groupe Noutchogouin, fondé par le défunt milliardaire Jean Samuel Noutchogouin, Agrocam est spécialisée dans la production de poussins et des alvéoles d’oeufs.
Le rapport précise que cette sélection s’appuie sur des critères « rigoureux d’industrialisation, d’import-substitution, de création de la valeur ajoutée, de compétitivité, d’innovation et de potentiel international ». Pour transformer ces entreprises en leviers de réduction des importations et d’accès aux marchés internationaux, l’État prévoit un ensemble d’appuis financiers et non financiers : « subventions, exonérations fiscales, facilités d’accès à des guichets de financement, facilitations foncières, conseils techniques, etc. », énumère le document.




