Avec la fin de la guerre froide, le monde était rentré dans une période non plus marquée par une opposition multidimensionnelle entre deux superpuissances, mais davantage par ce qu’on pourrait qualifier de règne américain. « L’américanisation du monde » avec une politique extérieure de propagation du modèle démocratique et libéral a pendant pratiquement trois décennies, non seulement apporté beaucoup d’évolutions (notamment le progrès technique et l’innovation), mais surtout renforcé la montée de groupes dissidents. Au fil des années, l’on a assisté à une lente mais progressive mise en exergue de nouveaux acteurs (ou groupes d’acteurs) opposés au modèle américain, violents ou non, et assumant tant leurs velléités que leur positionnement idéologique.
Après les épisodes d’Irak et d’Afghanistan, l’on a observé côté américain, l’avènement d’une politique étrangère caractérisée par l’approche de « Smart Power ». En effet, le Président Obama était porteur d’une vision axée sur un renforcement du leadership américain via la diplomatie et l’aide économique, tout en évitant les engagements militaires prolongés. Pour preuve, c’est bien sous le Président Barack Obama que le retrait des troupes américaines présentes en Irak a été acté, ainsi que la réduction de l’implication militaire dans d’autres régions du monde. Aussi, cette approche de « Smart power » a favorisé le début d’un dialogue avec des pays autrefois « dits indésirables » (Cuba, Iran). Cet état des choses considéré par certains comme signe d’un effritement lent de l’hégémonie américaine, s’est à quelques exceptions près, poursuivi sous l’administration Biden.
En réalité sous le Président Joe Biden, hormis le soutien militaire à l’Ukraine dans le conflit face à la Russie, les Etats Unis d’Amérique ont davantage consacré leur énergie à la rivalité économique face aux chinois. Par ailleurs, une priorité forte a été mise sur le renforcement des alliances avec les partenaires traditionnels (Union Européenne, NATO). Il s’agissait donc de réaffirmer l’engagement dans le multilatéralisme, et l’implication face aux défis mondiaux.
La seconde accession du Président Trump à la maison blanche le 20 janvier 2025, semble briser cette dynamique d’accalmie en prônant le retour à un leadership américain traditionnel, n’hésitant pas à user de la force. Le ramdam médiatique occasionné par l’arrestation du président Vénézuélien Nicolas Maduro en est la meilleure illustration. C’est également dans la même veine que s’inscrit la polémique créée par l’ambition américaine affirmée par le président Trump le 11 janvier 2026, de s’emparer du Groenland « d’une manière ou d’une autre » ; car dit-il « si nous ne le faisons pas, la Russie ou la Chine le fera ». Les réactions de ces Etats face aux positions américaines ces dernières années, montrent bien qu’il n’y a pas de doute quant à leurs volontés de ne pas laisser prospérer l’idée de l’érection d’un hégémon américain au XXI siècle.
Cela porte donc à s’interroger sur la viabilité d’un leadership responsable sous l’égide de l’ONU, dans un environnement où la force dicte désormais sa loi, au mépris de toutes les règles du droit international.
Sommes-nous au crépuscule de l’ordre international post-guerre froide ?

Le Cas Maduro
Le 03 Janvier 2026 le monde entier apprenait l’enlèvement du Président Vénézuélien Nicolas Maduro. Il s’agissait du nœud de l’opération Absolute resolve menée par l’armée américaine, qui a effectué des bombardements tant à Caracas que sur des sites du nord du pays. Le président Américain Donald Trump annonçait via Truth social, la « capture » de Nicolas Maduro et son épouse Cilia Flores, ainsi que leur détention aux Etats unis. De quoi s’agit-il précisément ?
Il faut d’abord rappeler que le ciel des relations entre Washington et Caracas était nuageux depuis quelques décennies. En effet depuis les années 2000, le président George W. Bush ne voyait déjà pas d’un bon œil, la proximité idéologique entre Hugo Chavez et Fidel Castro. Le président Chavez n’avait pas caché sa désapprobation quant aux opérations militaires américaines en Afghanistan, se voulait chantre de la révolution bolivarienne, et assumait ses positions anti-américaines au sein de l’OPEP (Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole).
Doit-on également rappeler que le Vénézuéla concentre les plus grandes réserves de pétrole de la planète (soit 303 milliards de barils) ? Doit-on préciser que les postures des gouvernants vénézuéliens sur la question des ressources pétrolières ont un impact sur les prix à l’échelle mondiale ? Hugo Chavez c’est aussi le leader qui a pensé la hausse du niveau des redevances à verser à l’Etat vénézuélien, par les compagnies pétrolières américaines. Fort des revenus engrangés, il avait même pu quitter les institutions de Bretton Woods (Fonds Monétaire international et la banque mondiale), après avoir remboursé l’intégralité de la dette de son pays. Ses velléités autonomistes l’ont poussé à effectuer une véritable mobilisation auprès des Etats voisins du Vénézuéla, allant jusqu’à porter le projet de création d’une institution financière, capable de mieux répondre aux besoins de financement desdits pays : la banque du Sud.
C’est fort de cet historique problématique que beaucoup d’analystes ont vu en l’opération Lance du Sud engagée dès Août 2025, non pas seulement une campagne américaine visant des réseaux criminels de narco trafiquants, mais davantage un véritable prétexte pour anéantir définitivement cet ennemi de la politique expansionniste des Etats Unis. Car Maduro en digne héritier du Chavisme (ancien Ministre des relations étrangères de Chavez), a toujours suivi les traces de son prédécesseur, malgré un relatif affaiblissement sur le plan économique. Selon ces analystes, la politique étrangère contemporaine des Etats Unis serait dictée par des principes tirés de la doctrine du Big Stick (Diplomatie au gourdin visant à faire assumer aux Etats Unis le rôle du gendarme du continent américain) et celle du corollaire de la doctrine de Monroe dit corollaire Roosevelt (interprétation expansionniste de la doctrine de Monroe-1823). Toujours est-il qu’il est difficile de ne pas y voir une tentative de confirmation de la place de l’Amérique latine, dans la sphère d’influence des Etats Unis. Le vrai mobile de ce raid ayant débouché sur la capture et l’exfiltration du Président Maduro, serait donc non seulement la volonté de mettre la main sur les plus grandes réserves de pétrole de la planète, mais surtout la volonté de briser le deal avec Pékin (80% des exportations de pétrole Vénézuélien vont vers la Chine, tandis qu’une bonne partie du reste va vers Cuba).
Malgré la vague d’indignation soulevée par ce raid, le Président Trump lors d’une conférence de presse à partir de sa résidence de Mar-a-Lago a assumé fièrement sa posture en lançant : « Nous allons essayer de mettre en place une transition pacifique. Nous allons gérer le pays tant qu’il n’y a pas une transition juste ». Il poursuit en disant : « Ce qui est arrivé à Maduro peut arriver à d’autres ». Le Secrétaire général des Nations Unies s’est par ailleurs inquiété de cette violation flagrante du droit international, tout en déplorant un « dangereux précédent ».

L’annexion probable du Canada et du Groenland
S’étant rendu à Mar-a-Lago à l’occasion d’un dîner visant à négocier avec le Président Trump pour des accords commerciaux, Justin Trudeau alors premier ministre Canadien, ne se doutait pas de ce qu’il allait entendre. Alors que les négociations visant à baisser les droits de douane s’enlisaient, le Président Trump lui a fait crûment savoir que si leurs désaccords commerciaux persistaient, le Canada pourrait être annexé et devenir « le cinquante Unième Etat des Etats Unis ».
C’est cette même rhétorique impériale, qui a caractérisé les propos du président Trump au sujet du Groenland. En effet à bord de Air Force One, il a affirmé précisément : « conclure un accord, c’est le plus facile, mais d’une manière ou d’une autre nous allons avoir le Groenland ».
Voilà ce qui a déclenché des réactions d’abord au sein de la coalition gouvernementale du Groenland, qui dit ne pas pouvoir accepter la prise de possession de son territoire par les Etats Unis.
Il est important de souligner que malgré la recrudescence de frappes militaires américaines menées (Colombie, Irak, Afghanistan, Liban, Syrie, Pakistan, Irak, Yémen, Somalie, Nigéria, Panama…etc.) depuis la seconde arrivée du Président Trump à la maison blanche, rien ne semble garantir que celle de Caracas est la dernière.

Vers une reconfiguration de la carte politique du monde ?
Les actions et propos du président Trump ces derniers jours, ont engendré des réactions dans le monde entier. En effet, en plus de la vague d’indignations quant aux victimes et à la violation du droit international, Pékin et Moscou n’ont pas tardé à réagir. Factuellement pour prendre le cas du Groenland, sous-marins et destroyers russes et chinois ont été aperçus non loin, laissant peser l’idée d’un affrontement imminent. Hormis ce volet purement militaire, il faut également noter du point de vue commercial, un ensemble de tensions. Avec la réduction des réserves de change en dollar, l’augmentation des achats de métaux précieux, la montée des BRICS, l’évocation d’un système alternatif au SWIFT, il est clair que nous vivons une mise sous pression du billet vert.
L’on assiste donc à la constitution de plusieurs groupes d’Etats, soudés autour de leurs penchants idéologiques et intérêts, nourrissant une dynamique concurrentielle et quasi-guerrière. Car il faut le dire, si l’avènement de la multipolarisation du monde est presqu’évidente, il est clair qu’elle se fera autour de certains Etats-tête-de-proue. Et cette dynamique sourde d’affrontement est entretenue depuis des années, dans plusieurs domaines. Cet ensauvagement qui ne cesse de s’étendre, a pour conséquence directe une explosion des budgets dédiés à l’armement. En 2024 par exemple, un seul chantier naval Chinois a produit plus de navires par Tonne que l’entièreté de l’industrie navale américaine depuis 1945. C’est dire combien la capacité de construction navale chinoise est importante, soit 230 fois supérieure à celle des Etats-Unis d’Amérique. C’est également la même logique qui a justifié la présentation en ce début 2026 par la Russie, de l’Arkhangelsk. Il s’agit du nouveau sous-marin nucléaire Russe, appartenant à la classe Yasen-M. Doté d’une propulsion avancée et incluant des missiles Kalibr et Oniks, il excelle dans les missions d’attaque des cibles terrestres sous-marines et navales.
De part et d’autre l’innovation s’exprime donc, et le champ lexical de l’armement (pour ne pas dire de la violence), s’enrichit. Missiles hypersoniques « Dark eagle », drones « super swarm », Munitions anti-drones FPV, cyberattaques, avions de combats F-35, satellites-espions, drones autonomes, discombobulator, systèmes de défense aérienne « Patriot » …etc., voilà où est désormais mis l’accent, au grand dam des populations du monde qui ne demandent qu’à vivre pacifiquement. Malgré les appels au calme des institutions de maintien de la paix, l’on a l’impression que nous vivons l’âge d’Or de la force. Le droit international se trouve alors être une contrainte à l’expression de la puissance, et il se pose désormais la question de la capacité du monde à résister à ces dynamiques expansionnistes et hégémoniques.
Vivement une année 2026 où la paix du monde redeviendra priorité pour tous !
Par Joseph Helmut ESSONO




