(BFI) – Le portefeuille des créances en souffrance au sein de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac) est actuellement estimé à près de 2500 milliards Fcfa (4,45 milliards $). Ce montant représente un ratio supérieur à 16 % des crédits bruts des banques, un niveau largement au-dessus de la norme internationale de 5 %, traduisant une forte exposition du système bancaire au risque.
L’annonce a été faite par Yvon Sana Bangui (photo), gouverneur de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC), lors du lancement officiel de Creditinfo Central Africa (CICA), premier bureau d’information sur le crédit (BIC) de la Communauté, le mardi 20 janvier 2026 à Douala, au Cameroun.
D’après Yvon Sana Bangui, « cette situation est préoccupante et peut entraîner un risque systémique pour l’écosystème bancaire sous-régional », soulignant la nécessité d’agir rapidement.
D’après la Banque centrale, la détérioration de la qualité du portefeuille bancaire s’explique par une combinaison de facteurs liés à la conjoncture économique et à des faiblesses internes au secteur. Sur le plan structurel, la Banque met en cause des mécanismes de gestion des risques et de gouvernance encore insuffisamment robustes dans plusieurs établissements, estimant que la quête de parts de marché et de performance commerciale a souvent pris le pas sur une évaluation approfondie et prudente du risque de crédit.
C’est précisément pour répondre à ces faiblesses qu’a été mis en place le bureau d’information sur le crédit de la Cemac. « Cette entreprise a pour mission de collecter l’ensemble des données économiques, qu’il s’agisse des informations sur les clients, les PME, les grandes entreprises ou les ménages», a expliqué le gouverneur de la BEAC. Et d’ajouter : « elle traite ces données et en garantit la fiabilité et l’exhaustivité, afin de permettre aux banques et aux institutions de microfinance de réduire leur exposition au risque de crédit ».
Pour les banques commerciales, ce dispositif géré par le groupe international Creditinfo, opérateur spécialisé dans l’information de crédit, permettra de « disposer d’informations fiables sur les clients et statuer rapidement sur les demandes de crédit. Le bureau d’information sur le crédit permettra de mieux évaluer les risques grâce à des données centralisées, d’accélérer les décisions de financement et de promouvoir des conditions de prêt plus favorables », a affirmé la présidente de l’Association professionnelle des établissements de crédit du Cameroun (APECCAM) et directrice générale de Ecobank Cameroun.
Avec ce nouvel instrument, la BEAC espère reproduire les résultats observés dans la zone UEMOA, où l’introduction des bureaux d’information sur le crédit a permis, à en croire Sidimohamed Abouchikhi, président du conseil d’administration de Creditinfo West Africa, de réduire significativement le niveau des créances en souffrance. À terme, ce dispositif entend également faciliter l’accès au financement, en particulier pour les populations traditionnellement exclues du système bancaire : les jeunes, les femmes, les entrepreneurs ruraux et les TPE-PME souvent pénalisés par l’absence de garanties ou d’historique bancaire.




