(BFI) – All Bitumen PLC, société à capitaux camerounais porteuse du projet d’usine de production de bitume à Kribi (région du Sud), a confié la réalisation des études « résiduelles » — études géotechniques, plan de terrassements, etc. — à un consortium formé de quatre entreprises européennes : l’Autrichien Pöerner, le Turc Yamata, l’Allemand EDL et le Français Parlym. Selon de bonnes sources, ce groupement a été préféré à un consortium chinois conduit par Zhihui Engineering Co LTD (ZHEC).
Selon Ahmadou Oumarou, directeur général (DG) de All Bitumen PLC, le contrat comprend une option permettant au consortium retenu de réaliser également les travaux de construction de l’usine, à condition que la facture corresponde aux attentes des analystes financiers de l’entreprise. À défaut, précise-t-il, « nous avons le droit de solliciter un autre constructeur ». En cas d’accord sur le coût global, Pöerner et ADL assureraient les travaux d’’ingénierie, Yamata la construction de l’usine, tandis que Parlym réaliserait les pipelines ainsi que l’ensemble des réservoirs et équipements de stockage, apprend-on.
Initialement annoncé pour fin 2025, le démarrage des travaux sur le site de 60 hectares, mis à disposition dans la zone industrialo-portuaire de Kribi, est désormais prévu en 2026. Une délégation de partenaires du projet — comprenant notamment le directeur général de Pöerner et le président de Yamata (NDLR) — arrivée au Cameroun le 11 janvier dernier pour une semaine d’activités, se rend ce 14 janvier 2026 à Kribi pour découvrir le site. Les travaux d’enlèvement du couvert végétal y sont achevés depuis plusieurs semaines.
Une allocation de 2 milliards FCFA pour les terrassements
La fin de l’enlèvement du couvert végétal ouvre la voie aux terrassements généraux. Pour financer ces travaux, l’État a alloué une enveloppe de 2 milliards FCFA au Port autonome de Kribi (PAK), dans le cadre de la loi de finances 2026, indique une source autorisée. En effet, cette entreprise publique chargée de la gestion du port de Kribi a également pour mission de mettre à la disposition des investisseurs des espaces déjà aménagés dans la zone industrialo-portuaire.
La loi de finances 2026 prévoit aussi des exonérations de droits et taxes sur les équipements destinés à la construction de l’usine, ainsi que sur les intrants de production, afin de faciliter et d’accélérer le projet. « Nous nous félicitons de cette décision prise par le gouvernement et remercions les autorités publiques de nous avoir associé à la confection de la liste des équipements et intrants concernés par ces exonérations. Nous attendons impatiemment que cette liste soit signée par le ministre des Finances comme prévu, étant donné que les travaux de construction vont démarrer cette année », confie le DG de All Bitumen PLC.
L’usine en gestation à Kribi doit afficher une capacité de production annuelle de 250 000 tonnes de bitume, adossée à une mini-raffinerie de pétrole de 10 000 barils par jour chargée de fournir la matière première. D’un coût prévisionnel estimé à 161 milliards FCFA, l’unité devrait générer entre 300 et 400 emplois directs et environ 1 500 emplois indirects.
Afreximbank à la manœuvre pour le financement
Le financement est attendu de la Banque africaine d’import-export (Afreximbank). Depuis fin 2024, cette institution financière panafricaine a signé avec All Bitumen PLC un mandat d’arrangeur, lui permettant de participer directement au financement du projet et de mobiliser d’autres partenaires financiers. « Le consortium qui a été retenu va réaliser et livrer d’ici neuf semaines ce qu’on appelle ‘’Open book cost estimate’’, qui nous permettra d’obtenir le coût final du projet. C’est après cette étape qu’Afreximbank, qui a les capacités de financer tout le projet, va se déployer pour la mobilisation des financements », explique Ahmadou Oumarou
Selon des experts du BTP, le projet pourrait réduire d’environ 30 % les coûts de construction des routes au Cameroun. Cette promesse explique l’intérêt des pouvoirs publics, qui se sont engagés à prendre au moins 15 % des actifs dans ce projet industriel. Le dossier s’inscrit dans la stratégie gouvernementale visant à porter le linéaire de routes bitumées à 11 300 km en 2027, contre 9 885 km en 2023. « La réalisation de cet objectif passe par le soutien à la construction d’une usine de production du bitume », reconnaît le gouvernement dans le Document de programmation économique et budgétaire à moyen terme, élaboré par le ministère des Finances en prélude au débat d’orientation budgétaire 2024 à l’Assemblée nationale.
Le Cameroun est régulièrement cité parmi les pays où les routes figurent parmi les plus coûteuses du continent. En 2013, lors d’une réunion des points focaux du Conseil national de la route (Conaroute), le coût moyen du kilomètre de route bitumée était estimé à environ 205 millions FCFA, contre une moyenne africaine de 100 millions FCFA. Dans un rapport publié en 2018, la Banque mondiale indique que certaines infrastructures routières au Cameroun coûtent deux à six fois plus cher que des projets africains de même niveau.
Pour les autorités, ces surcoûts tiennent au prix du bitume importé, jugé très onéreux. Une production nationale est donc présentée comme un levier pour infléchir la courbe des coûts des infrastructures routières dans le pays.




