(BFI) – La Commission Bancaire de l’Afrique Centrale (Cobac), consciente des vulnérabilités systémiques qui minent la solidité du secteur bancaire, a décrété un relèvement substantiel des exigences de capitalisation. Le capital social minimum des banques est porté de 10 à 25 milliards FCFA, soit une augmentation de 150 %, tandis que celui des établissements financiers est multiplié par quatre, passant de 1 à 4 milliards FCFA.
Cette réforme, qui concerne directement plus de 55 banques et une quarantaine d’établissements financiers, s’inscrit dans une logique de convergence vers les standards internationaux de Bâle III. Cette décision est indissociable des fragilités structurelles de la zone. En 2024, le taux de créances douteuses atteignait 15 % du total des crédits, contre une moyenne continentale de 9 %, révélant une exposition excessive aux risques de défaut.
Par ailleurs, près de 30 % des établissements ne respectaient pas les ratios de solvabilité exigés, accentuant la vulnérabilité du système. À cela s’ajoute la dépendance chronique aux hydrocarbures, qui représentent encore 65 % des exportations régionales et plus de 45 % des recettes budgétaires, exposant les bilans bancaires aux chocs exogènes des marchés mondiaux.
Les effets de cette orthodoxie prudentielle se traduisent par une recomposition du paysage bancaire. Les grandes filiales de groupes panafricains et internationaux, disposant de fonds propres supérieurs à 50 milliards FCFA, absorbent aisément la réforme. En revanche, une dizaine de petites banques locales, dont certaines affichent des capitaux inférieurs à 12 milliards FCFA, se trouvent en situation critique.
Les analystes anticipent une vague de fusions et acquisitions : au Cameroun, trois établissements de taille moyenne envisagent un rapprochement pour atteindre ensemble le seuil réglementaire, tandis qu’au Gabon, deux banques publiques devraient être recapitalisées par l’État à hauteur de 15 milliards FCFA.
À court terme, cette réforme induit une contraction du crédit, avec une croissance des financements bancaires attendue à +1,5 % en 2026, contre +3 % en 2025.
Les PME, qui constituent 80 % du tissu économique, seront les premières affectées par le durcissement des conditions de financement. Toutefois, à moyen terme, la recapitalisation devrait améliorer la solvabilité globale du système, réduire le risque systémique et attirer des capitaux étrangers.
In fine, l’orthodoxie prudentielle imposée par la COBAC, bien qu’exigeante, constitue une étape incontournable pour bâtir un système bancaire robuste et crédible. Les fusions attendues, loin d’être une simple conséquence mécanique, représentent une opportunité historique de rationaliser le secteur et de transformer les fragilités systémiques en leviers de stabilité et d’attractivité.
Darly Nguéma, Analyste financière




