(BFI) – Le Fonds africain de développement mobilise un montant de 11 milliards de dollars, issus de 43 partenaires, soit le plus élevé depuis la création du Fonds de la Banque africaine de développement il y a 50 ans. Ce fonds, qui permet aux États d’Afrique d’emprunter à des taux avantageux pour financer ses projets de développement, doit procéder de manière cyclique à des levées de fonds. Malgré les pressions budgétaires importantes, la tendance à la baisse de l’aide publique au développement et l’absence de financement américain, d’autres partenaires ont répondu présent avec plusieurs nouveautés.
Selon l’institution, 43 partenaires ont annoncé des contributions pour ce total, qui représente une hausse de 23 % par rapport à la reconstitution précédente. Il s’agit du montant le plus élevé jamais mobilisé par le Fonds depuis sa création en 1972, malgré un environnement budgétaire mondial marqué par la baisse de l’aide internationale.
La Banque précise que cette enveloppe inclut notamment des contributions attendues du Fonds de l’OPEP pour le développement international et de la Banque arabe pour le développement économique en Afrique (BADEA). Pour la première fois, des engagements ont également été enregistrés de la part de 23 pays africains, pour un total de 182,7 millions de dollars, dont 19 pays qui contribuent pour la première fois à ce guichet concessionnel.
Pour Sidi Ould Tah, le président de la BAD, il ne s’agit pas seulement d’une « reconstitution de ressources ». « C’est un tournant. Dans l’un des environnements mondiaux les plus difficiles pour le financement du développement, nos partenaires ont choisi l’ambition plutôt que la réduction des dépenses, et l’investissement plutôt que l’inertie », a-t-il commenté.
Un contexte de plus en plus contraignant
Le Fonds africain de développement constitue le principal guichet concessionnel du Groupe de la Banque africaine de développement. Il finance, sur des cycles triennaux, des dons et des prêts à conditions très favorables en direction de 37 pays africains à faible revenu ou en situation de fragilité, dans des secteurs tels que l’énergie, l’agriculture, les infrastructures, l’eau, la santé ou l’éducation. Depuis sa création, le Fonds a mobilisé l’équivalent de 38 milliards € (45 milliards de dollars) sous forme de financements concessionnels et de garanties.
Son rôle s’inscrit dans un environnement financier international marqué par des contraintes croissantes, parmi lesquelles le poids de la dette publique et la volatilité des marchés financiers, des facteurs qui limitent l’accès de nombreux États africains à des financements longs et abordables.
Le FAD-17 intervient par ailleurs dans un contexte où plusieurs pays occidentaux ont engagé, à des degrés divers, des ajustements de leurs budgets d’aide publique au développement. Aux États-Unis, l’administration du président Donald Trump a proposé, dans son projet de budget pour 2026, la suppression de la contribution américaine au Fonds africain de développement et à la Banque africaine de développement, dans le cadre d’un recentrage plus large de l’aide extérieure. Washington figurait jusqu’alors parmi les principaux contributeurs du Fonds. Au Royaume-Uni, le gouvernement a annoncé en février 2025 son intention de réduire progressivement l’effort d’aide publique afin de financer une hausse programmée des dépenses de défense et de sécurité. Selon des informations de presse, des ajustements budgétaires comparables ont également été engagés dans plusieurs pays européens, dont la France, la Suède, les Pays-Bas et l’Allemagne.
Une évolution de modèle
La BAD examinait depuis plusieurs années la possibilité de faire évoluer le modèle du Fonds africain de développement, notamment en lui permettant d’accéder aux marchés de capitaux et d’accroître son effet de levier, à l’image de l’Association internationale de développement (IDA) de la Banque mondiale. Ces options étaient alors présentées comme dépendantes d’un feu vert politique des contributeurs.
Un cap a été franchi avec le FAD-17. Les partenaires du Fonds ont approuvé un nouveau modèle financier qui prévoit un recours encadré à l’emprunt de marché, ainsi que le déploiement d’instruments innovants, dont des capitaux hybrides. La Banque indique par ailleurs que chaque dollar investi par le biais du Fonds permet déjà de mobiliser plus de 2,50 dollars de cofinancement et de capitaux privés, un ratio appelé à évoluer avec la mise en œuvre de ces nouveaux mécanismes.
En amont de la réunion de Londres, plusieurs sources avaient évoqué un objectif maximal pouvant atteindre 25 milliards de dollars (21 milliards d’euros) pour le cycle FAD-17, un niveau qui supposait une mobilisation élargie au-delà des seules contributions budgétaires traditionnelles. Si le montant des contributions annoncées s’établit à 11 milliards de dollars, la validation du nouveau cadre financier permet de se projeter sur les prochaines phases à mesure que ces outils seront opérationnalisés. Pour la Banque africaine de développement comme pour ses partenaires, l’enjeu portera sur la manière dont ce modèle se traduira, dans la durée, par une capacité accrue à financer les priorités des pays africains les plus vulnérables.
Placide Onguéné




